Oui. Oui profondément. Et mille fois oui.
Photographier sa grossesse peut-il vraiment aider à accepter son corps ? C’est la question que me posent beaucoup de femmes avant de réserver — et ma réponse est toujours la même.
Si les offres de photothérapie, de photographie somatique ou de médecine de l’image se multiplient aujourd’hui, ce n’est pas un hasard.
Ce que 12 ans à photographier des grossesses m'ont appris
Depuis plus de 12 ans que j’accompagne des femmes enceintes dans mon studio de Court-Saint-Étienne, j’ai vu des choses que je n’aurais jamais imaginées au début de mon parcours.
Photographier sa grossesse, c’est souvent la dernière chose qu’elles imaginent faire. Elles arrivent en s’excusant de leur corps.
Certaines femmes pleurent en découvrant leurs images — pas de tristesse, mais de soulagement.
Et puis d’autres femmes me confient, à voix basse, qu’elles n’aiment pas être enceintes… avec cette culpabilité dans le regard, comme si c’était interdit de le dire.
Et j’ai compris quelque chose d’essentiel :
à force de nous couper de notre corps, le regard que nous portons sur nous-mêmes s’est chargé d’injonctions.
Il faudrait que.
Je devrais.
Ce n’est pas comme ça que ça devrait être.
Ce regard se durcit.
Il devient biaisé.
Il s’éloigne de la réalité sensible de ce que nous vivons.
Et c’est encore plus vrai pendant la grossesse.
Toutes les grossesses ne se vivent pas de la même manière
Dans mon studio, j’accueille ces deux réalités.
Il y a les femmes qui se révèlent enceintes.
Qui rayonnent.
Qui s’aiment au-delà de ce qu’elles pensaient possible.
Pour elles, la grossesse devient un espace de puissance et d’évidence.
Ces séances sont une célébration — et c’est magnifique.
Mais il y a aussi les autres.
Celles pour qui la grossesse est une épreuve.
Un bouleversement profond.
Un terrain émotionnel inattendu.
Celles qui se sentent dépossédées de leur corps.
Déroutées par ses transformations.
En lutte avec un inconfort physique ou émotionnel intense.
Il arrive même — et c’est important de le dire — que certaines femmes n’aiment pas être enceintes.
Qu’elles aient attendu ce bébé avec amour, et pourtant vivent la grossesse comme quelque chose de lourd, de contraignant, voire de violent.
Et c’est ok.
Ne pas aimer être enceinte ne veut pas dire ne pas aimer son enfant.
Être triste, fatiguée, perdue ou déprimée pendant la grossesse ne conditionne en rien la capacité à aimer, à créer du lien, à être une mère présente et aimante.
Une sensation est passagère.
Elle ne définit ni ta valeur, ni ton amour, ni ton identité.
Comment je crée cet espace de réconciliation
Pour ces femmes-là aussi — et peut-être surtout pour elles — photographier sa grossesse peut devenir un espace précieux. Pas pour performer. Pour être vue.
Mais pas n’importe quelle séance.
Pas une séance où il faut sourire, performer l’image de la future maman épanouie, entrer dans un moule.
Dans mon approche, il n’y a pas d’obligation.
Pas d’injonction à ressentir « comme il faudrait ».
Avant même de sortir mon appareil, je prends le temps d’écouter.
De sentir où tu en es.
De comprendre ce que tu vis, ce que ton corps traverse, ce dont tu as besoin.
Je ne cherche pas à te transformer.
Je cherche à révéler ce qui est déjà là.
Même — et surtout — si c’est fragile, ambivalent, complexe.
Parfois, on parle beaucoup.
D’autre fois, on reste en silence.
Parfois, tu bouges librement et je suis ton rythme.
Parfois, tu as juste besoin d’être là, sans rien faire, et que quelqu’un pose un regard profondément bienveillant sur toi.
C’est ça, photographier la grossesse de manière somatique :
créer un espace où ton corps peut être vu, accueilli, honoré — sans jugement, sans comparaison, sans idéalisation.
Tu peux découvrir mon approche en lisant ces articles de blog:
Séance photo grossesse naturelle guidée par le mouvement
Séance photo grossesse unique : quand la photo devient un rituel de reconnexion
ou encore
Photographe grossesse Brabant wallon : être vue, pas juste photographiée
Ce qui se transforme, séance après séance
Ce que j’observe, c’est que parfois, ce n’est même pas pendant la séance que quelque chose se passe.
C’est après.
En voyant les images.
En découvrant ce regard extérieur — le mien, celui de l’appareil — qui n’est pas chargé de tout ce que toi, tu projettes sur ton propre corps.
J’ai vu des femmes qui ne se reconnaissaient pas.
Dans le bon sens.
Qui découvraient une force qu’elles ne se connaissaient pas.
Une beauté qu’elles ne voyaient plus.
Une douceur qu’elles s’interdisaient.
Je reçois parfois, des mois plus tard, des messages qui disent :
« Ces photos m’ont aidée à traverser. À me rappeler que j’étais forte, même quand je ne le sentais pas. »
Ce n’est pas magique.
Ce n’est pas systématique.
Mais c’est possible.
Et quand ça arrive, c’est immense.